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Le corps de garde du château fort – Le Saviez-Vous ?

Le corps de garde du château -fort – Le saviez-vous ?

La porte, un endroit stratégique à protéger envers et contre tout

Parmi les images que l’on conserve  du moyen-âge, une se distingue particulièrement : c’est l’image du château fort. Il en existait de toute sorte et de toute taille, le plus gigantesque de tous étant sans doute celui de Coucy en Picardie. Mais tous sont unis par un objectif commun : protéger coute que coute l’endroit le plus vulnérable du château : la porte. C’est justement au dessus de la porte du château que se trouve une construction militaire qui sert à protéger l’entrée d’une fortification, à savoir : le corps de garde.

L’entrée du châtelet était protégée par un arsenal défensif conséquent que les soldats du corps de garde au premier étage pouvaient utiliser : comme la herse ou les assommoirs. On remarquera au dessus de l’entrée, trois pierres destinées à bloquer la porte des tentatives d’attaque des assaillants mais aussi à les empêcher, par la même occasion, de la dégonder. On pourrait résumer cet espace (l’entrée du château) par les mots : dissuader, impressionner, effrayer.

Le corps de garde du château d’Ainay

Le château d’ Ainay à la chance de conserver un corps de garde très bien conservé . Sa position dans le château n’est pas anodine , c’est le lieu le plus stratégique située au-dessus de l’unique accès à une place fortifiée. Voilà pourquoi le seigneur prenait toutes les précautions possible pour faire de ce point faible un point fort du château.

La configuration de la porte ménagée entre deux tours rondes, proches l’une de l’autre, reste la formule la plus efficace en termes de défense. Ces portes étaient généralement fermées par deux vantaux (comme à Ainay) sécurisées par de solides barres s’encastrant dans des rainures de la maçonnerie. À partir du XIIème siècle, leur défense se double d’une herse (visible sur la photographie), avec parfois des assommoirs, ouvertures ménagées dans la voûte à l’aplomb de l’entrée par laquelle des projectiles de toutes natures peuvent être lancés. 
La porte unique étant plus facile à défendre, elle reste la norme jusqu’au XIVème siècle.
 On remarque également au second niveau la présence de consoles de pierres en encorbellement, appelées “corbeaux”, rappelant la présence à l’origine des “hourds”, ces galeries en bois surplombant les murs permettant de jeter des projectiles à l’aplomb des assaillants. Les hommes y accédaient par l’ouverture que l’on voit au second niveau. C’est aussi depuis le second niveau que les soldats du corps de garde actionnent le pont-levis. On peut voir en façade la présence de “feuillures ” , ces grandes fentes verticales aménagées dans l’épaisseur de la maçonnerie dans lesquelles s’encastraient les flèches du pont-levis. 
À l’extrême gauche, la galerie couverte permet aux soldats un déplacement plus efficace et rapide sur le chemin de ronde. À noter qu’à l’époque de Philippe Auguste la hauteur des remparts est surélevée pour rendre difficile les attaques avec échelles (ou échelades).

 

Deux équipes de soldats pour protéger le plus précieux

La surveillance de la porte d’entrée était ainsi confiée à deux équipes répartie en deux niveaux, afin de réduire habilement le risque de trahison, omniprésent. Concrètement le corps de garde comporte deux étages (corps de garde inférieur : celui que l’on voit photographié et le corps de garde supérieur situé juste au dessus).

Les soldats du corps de garde inférieur

Ils avaient comme rôle essentiel de s’occuper du mécanisme de la herse (reconstituée ici) et de s’occuper de la surveillance des assommoirs (ces ouvertures au sol protégées de planches de bois à travers lesquelles on jette toutes sortes de projectiles qui piquent, qui collent, qui brûlent, qui transpercent : pierres, flèches, sable chaud, poix (matière collante inflammable que l’on obtient par distillation), morceaux de bois). Par contre on ne jette pas d’huile, bien trop chère et pas d’eau, trop précieuse et très utile pour éteindre d’éventuels incendies, on pouvait aussi jeter sur les assaillants des excréments qui eux aussi ne se privaient pas de faire la même chose à l’aide de trébuchets pour répandre les maladies ! On remarque sur la gauche la cheminée très utile pour chauffer les projectiles et apporter une source de lumière et de chaleur bienvenue. Dans l’esprit d’un guerrier médiéval à partir du moment ou le conflit que l’on fait est juste et légitime tout les coups sont permis même les plus bas !

Cette longue galerie couverte sur le chemin de ronde permettait aux soldats d’accéder rapidement au corps de garde en cas d’attaque. Avec le nouveau système de défense mis en place par Philippe Auguste au XIIIème siècle, la défense dans les châteaux forts devient désormais active et permet aux soldats surveillance et accès rapide à la zone à défendre.

Les soldats du corps de garde supérieur

Ils s’occupaient eux du mécanisme du pont-levis et avaient accès aux hourds (galerie en bois surplombant les murs permettant de jeter des projectiles à l’aplomb des assaillants).

Les obstacles n’étaient pas seulement à l’extérieur du château fort, ils pouvaient aussi être à l’intérieur à l’image de l’escalier sur la gauche qui est étroit et raide. On les appelle “escalier à pas de souris” car la progression est rendue difficile d’une part par la hauteur des marches mais aussi par son étroitesse qui contraint les hommes à l’emprunter en file indienne. Ces multiples obstacles empêchent ainsi les assaillants de progresser rapidement dans le château. Ici il s’agissait de défendre le corps de garde.

Ces soldats étaient ils très nombreux ?

Non ! Ainsi en Normandie au début du XVème siècle certains châteaux forts restent vides à l’exception d’un capitaine dont la présence est parfois intermittente. Le puissant Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi ne maintient qu’une dizaine d’homme par forteresse en Artois. En règle général la garnison d’un château fort se compose de moins d’une dizaine d’hommes.

En temps de paix la garnison dans un château est réduite , elle augmente de manière importante en cas de conflit ce qui entraine une augmentation signification des dépenses pour un seigneur. En effet une série d’ordonnance au XIVème siècle émise par le roi Charles V stipulent un certain nombre de règle de sécurité à respecter, notamment l’entretien, la garde et la mise en défense des forteresses par les seigneurs. Elle règlemente l’inspection des sites fortifiés pour faire évaluer par des maîtres d’œuvres l’état des bâtiments.

Qui étaient ces hommes chargé de la surveillance du château du seigneur ?

Pour la sécurité permanente de son château le seigneur recourait à des vassaux dont il exigeait un service en garnison : l’ost. Un service militaire de quarante jours passés dans l’un des châteaux du seigneur dans le cadre du service féodo-vassalique passé entre un seigneur et ses vassaux. Au delà de ces quarante jours, le vassal pouvait soit s’en retourner chez lui ou bien obtenir le paiement de ses frais par son suzerain. Considérée comme trop lourde, cette garde est remplacé par le paiement d’une somme d’argent : l’écuage, qui permettra au seigneur au XIIIème siècle de recruter des mercenaires.

Ces vassaux en garnison bénéficiaient de privilèges : le droit de chasser sur les terres du seigneur pour se nourrir, ramasser du bois pour se chauffer. Lors des chevauchées (expéditions militaires limitées dans le temps et en hommes), c’est le seigneur qui pourvoyait sa troupe en armes, munitions et vivres. Le seigneur avait pour obligation l’entretien de ces vassaux. Entretien qui pouvait se faire soit au château, le vassal est alors “bachelier” (loge dans le château) ou bien par la concession d’un fief, on dit alors que le vassal est “chasé”. Cette aide du seigneur envers son vassal consiste aussi en une aide militaire et juridique.

“Pas de château-fort sans douves”, aurait pu être le slogan de cette époque. Comme on le voit ici depuis la galerie couverte à proximité du châtelet d’entrée. Le massif forestier étant moins important au moyen-âge qu’aujourd’hui on peut imaginer que les alentours du château avait une vue très dégagée permettant d’anticiper toute attaque éventuelle. À noter que cette ouverture aurait trop exposé les soldats du château en cas d’attaque donc on peut imaginer que c’était surtout des postes d’observation et de surveillance.

Quel était le quotidien d’un soldat en garnison dans un château fort ?

L’essentiel de la journée se passe en entrainement militaire mais aussi à la chasse, considérée comme un entraînement à la guerre et lutte contre l’oisiveté, mais aussi des jeux comme les jeux de cartes, dés ou encore échecs.

Pourquoi visiter le corps de garde du château d’Ainay-le-Vieil ?

Parce qu’il est exceptionnellement bien conservé et qu’il nous donne, au final, non seulement une idée du dispositif défensif dont dispose cet endroit mais aussi de la manière dont vivaient ces hommes .

Pourquoi visiter le corps de garde du château d’Ainay-le-Vieil ?

Parce qu’il est exceptionnellement bien conservé et qu’il nous donne, au final, non seulement une idée du dispositif défensif dont dispose cet endroit mais aussi de la manière dont vivaient ces hommes .


Sources et bibliographie

Jean – Pierre Babelon , « Les châteaux en France au siècle de la Renaissance » , 1989 , Flammarion.
Jean Guillaume , « L’invention de la Renaissance », 2003, Picard.
Jean-Marie Pérouse de Montclos : « Histoire de l’architecture française » , 1989 , Mengès.
Olivier Mignon : « Architecture des châteaux de la Renaissance » , Editions Ouest France.

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