Souvenirs de la famille Colbert, du ministre de Louis XIV aux trois généraux de l’Empire

Edmond et Jeanne de Villefranche ont une fille unique, Marie, qui épouse le marquis de Colbert Chabanais. Avec lui, le souvenir du contrôleur général des Finances de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert,  entre au château. Son visage apparaît sur un grand portrait signé Lefèvre et une miniature signée Petitot ; des livres proviennent de la bibliothèque Colbertine; une clé de coffret ornée de pierres fines et d’une couleuvre émaillée rappelle son blason…

Trois frères Colbert, engagés comme simples soldats dans l’armée révolutionnaire, deviennent généraux sous l’Empire. Les noms de deux d’entre eux, Edouard et Auguste, sont gravés sur l’Arc de triomphe de Paris. Des tableaux que le marquis de Colbert commanda à Lalauze, élève de Detaille, rappellent leurs faits d’armes et les évènements auxquels ils participèrent. On y voit le général comte Edouard de Colbert avec Napoléon aux Tuileries pendant les Cents Jours et, sur une autre toile, menant la dernière charge de Waterloo, à la tête des lanciers de la Garde impériale. Une aquarelle montre son frère, le général Alphonse de Colbert tenant par la main sa petite-fille, Aurore. Devenue George Sand, celle-ci raconte dans ses Mémoires le séjour du général à Nohant.

Le château conserve aussi des pièces de l’uniforme d’Edouard : sa chapska, ses armes et ses décorations, sa tunique en soie, doublée d’une cotte de maille, de l’uniforme des lanciers rouges qu’il portait à Waterloo. Il avait été blessé la veille au combat de Quatre-Bras le 16 juin 1815 ; ce qui ne l’empêcha pas de mener l’attaque avec son bras en écharpe : la soie est encore tachée par la blessure. Auguste, le plus jeune des trois frères, était le préféré de Napoléon Bonaparte qui lui offrit, en 1799, lors de la campagne d’Egypte, une paire de pistolets accompagnés d’un superbe compliment : « Je vous envoie, citoyen, une paire de pistolets pour vous tenir lieu de celle que vous avez perdue. Je ne peux les donner à personne qui en fasse un meilleur usage. Je vous salue. Bonaparte. »

Un portrait en pied, oeuvre du baron Gérard, représente ce général tué en Espagne, à Calcabellos, en 1809, à l’âge de trente-deux ans. Sa mort brutale (il fut tué d’une balle en plein front) est symbolisée par une colonne brisée, un cheval effrayé par un ciel noir d’orage et un jeune chêne frappé par la foudre. Son fils, Napoléon-Joseph de Colbert, peint enfant dans la tenue écarlate des lanciers rouges, régiment commandé par son oncle Edouard, eut pour parrain l’empereur. Une vitrine abrite les cadeaux que celui-ci fit à son filleul : une boîte de dragées avec une scène de baptême, deux miniatures des deux impératrices, Joséphine et Marie-Louise, peintes sur ivoire par Isabey, un camée romain de l’empereur Auguste d’une étonnante ressemblance avec le profil d’Auguste de Colbert. Décédé en 1883, ce petit lancier rouge est l’arrière-arrière-grand-père des actuels propriétaires. On lui doit la recette de la sauce Colbert !